15 Septembre 2019 – La responsabilité écologique des hommes dans les textes

15 Septembre 2019 – La responsabilité écologique des hommes dans les textes

La soirée commence par une présentation des textes préparés :

Daniel Ollivier :

« Le soin de la nature dans la tradition juive[1] :

L’idée du lien avec la nature dans la tradition juive prend ses racines :

  • Dans la Torah elle-même dans les premiers chapitres de la Genèse.
  • Dans sa conception du temps rythmé par les saisons et sanctifié par les fêtes
  • Dans les multiples prescriptions du Talmud liées en général à des références du lévitique.

L’idée générale est que l’être humain est usufruitier de la nature et qu’il en a la charge mais qu’il n’en est pas le propriétaire.

Mais les deux premiers chapitres des Genèse semblent dire le contraire :

Gn 1 26 : Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

Gn 1 28 : Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Gn 2 15 : L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.

Si on s’en tient aux traductions, y compris la Septante, l’homme est établi au centre de l’univers et exerce son pouvoir sur lui. (Ce qui est sa position de fait, sinon de droit).

Mais n’oublions pas que l’hébreu est polysémique et que les choix lexicaux des traducteurs dépendent de leurs contextes culturels et historiques.

Assujettir, dominer, cultiver et garder. (רדה, כבשׁ, עבד, שׁמר).

רדה, radah : « Assujettir », « soumettre » mais aussi « ramasser », « recueillir ».

כבשׁ, cabash :« dominer » ne donne pas de grandes possibilités : « assujettir ». C’est la racine de « marche pied ».

עבד, avad : « cultiver », « travailler », mais aussi « servir », « service du Temple », « adorez ».

שׁמר, chamar : « garder », « préserver », « conserver », « veiller sur », « respecter ».

Si dans la Genèse, l’homme est au centre de la création dont il a la garde, ce verset est immédiatement suivi d’une interdiction qui limite ce pouvoir :

Gn 2 16-17 : De tous les arbres du jardin tu mangeras. Mais de l’arbre du connaître bien et du connaître mal tu ne mangeras pas.

 En effet connaître parfaitement ce qui est mal et ce qui est bien est l’apanage de Dieu. L’homme s’y efforce seulement. (Et par précaution, Dieu connaissant la fascination de l’homme pour la puissance, il lui adjoint immédiatement la femme « comme une aide « contre lui » »).

Enfin on apprend au verset 1,29 que hommes et animaux sont invités à être végétariens.

« Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »

 Ces deux chapitres de la Genèse se situent dans un contexte historique et culturel bien précis : celui d’un orient ancien où l’homme est au centre du monde. Mais, par la suite, ils ont été la justification d’une domination et d’une exploitation sans limite de la nature.

 C’est passer sous silence les versets où Dieu rappelle que l’homme n’est que l’occupant temporaire du monde et « que toute la terre est à lui ».

Lévitique 25,23 « Nulle terre ne sera aliénée irrévocablement, car la terre est à moi, car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi. »

Ps 24,1 : « A l’Eternel appartient la terre et ce qu’elle renferme, le monde et ceux qui l’habitent. »

 Les Ephémérides du calendrier juif sont liées à la nature :

Commençant à Roch Hachana, dans le signe de la Balance, à l’équinoxe d’automne, les fêtes s’achèvent avec Soukkot où on dort et mange dans une cabane ouverte sur le ciel, décorée de fruits et de grappes de raisin.

Suit une fête dédiée spécifiquement aux arbres : Tou bi-Chvat qui tombe autour de fin Janvier.

Puis Pessah, correspondant au signe du Bélier, à l’équinoxe de printemps, commémorant bien sûr la sortie d’Egypte mais aussi la première moisson d’orge, une botte, l’Omer, est solennellement apportée au Temple et où commence « le compte de l’Omer », les sept semaines qui amènent à la fête de Chavouot, fête de la moisson et fête des prémices.

 Enfin, le calendrier étant lunaire, chaque lunaison est célébrée par un rite particulier, Hoch Hodesh. De ce fait, si le calendrier était strictement lunaire, les fêtes, comme pour le Ramadan, reculeraient dans l’année et leur contexte agricole n’aurait plus de sens. C’est la raison de l’ajout périodique d’un mois supplémentaire pour rattraper le décalage.

 Les codes de lois règlent le rapport à la nature pour la préserver :

 Le Chabbat interdit tout travail, notamment agricole.

Les années de Jubilé : tous les sept ans la terre doit rester en repos et seule la cueillette est permise.

Pour le « grand jubilé », Tous les cinquante ans les titres de propriétés sont remis en jeu. Nul n’est propriétaire définitif de la terre.

Pour un arbre nouvellement planté, aucun fruit de doit être prélevé avant la fin de la troisième année.

Les lois de la guerre : même en campagnes guerrières, il est interdit de porter la main sur les arbres fruitiers.

 D’une façon générale, la tradition impose une retenue et une frugalité par rapport à la nature. Celle-ci est considérée comme la création de Dieu et il en est le seul propriétaire. Elle privilégie l’être sur l’avoir, l’usage sur la propriété. La consommation raisonnée plutôt que l’accumulation.

 Si, en première lecture, le judaïsme met l’homme au centre du monde, il manifeste en fait son inclusion dans la création et l’impératif de responsabilité qui en découle. »

 Puis Maglone Borel :

« Sauvegarde de la maison commune

 Quelle dimension peut apporter notre religion dans l’écologie ?

Extrait : le Livre des Origines : Récit de la Création, Genèse

«27 Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.

28 Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »

29 Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture.

30 À tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi.

31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.

Cet extrait de la Bible nous rappelle à notre responsabilité du respect de la Création de Dieu dont nous faisons partis. Ici le verbe « dominer » (du latin dominus, maître de maison, gérant) est à comprendre comme une « bénédiction divine, engageant la responsabilité de chaque homme pour prendre soin de la terre, la cultiver et la garder », l’homme est « placé comme protecteur et gestionnaire de la Création ». Ainsi, dans son encyclique de 2015, Laudate Si, le Pape François nous rappelle que nous faisons partis de la création de Dieu, c’est notre « maison commune ». Faire du mal à cette Création, c’est faire du mal à son prochain : c’est donc considéré comme un péché. La Terre nous fait vivre, nous vivifie : nous ne sommes pas ses propriétaires et ses dominateurs mais elle est notre mère et notre sœur.

D’autre part, dans le christianisme, les évangiles véhiculent des valeurs humanistes. Le Christ affirme l’idée selon laquelle tous les êtres humains sont libres et égaux. Le salut dont il nous parle n’est pas autre chose qu’un appel à aimer son prochain et à aller vers les plus défavorisés. Autrement dit, c’est dans la relation à l’autre que la morale chrétienne prend tout son sens, non dans l’accomplissement de certains rituels religieux. C’est aussi pourquoi le message du Christ n’appartient pas qu’aux chrétiens à proprement parler, mais à tous ceux qui rêvent d’un monde où l’amour et la compassion seraient au cœur des relations humaines.

Le Pape nous rappelle donc tous ce message : celui de nous préoccuper de la nature et des plus pauvres de la Création comme a pu le faire Saint François d’Assise. C’est l’affaire de tout homme, c’est une conversion qui doit tous nous toucher, selon notre culture, nos capacités, nos expériences…. Cela nécessite d’avoir le courage et la détermination de changer nos habitudes de surconsommation, de surproduction. Cela nécessite que l’on s’encourage entre nous, que l’on soit solidaires entres les générations, qu’on se mobilise pour trouver des solutions, des alternatives. L’écologie ce n’est pas seulement avoir conscience qu’il y a un problème. Ce n’est pas seulement constater qu’il y a une surconsommation. C’est une éducation, ce sont des actions concrètes dans nos vies respectives à notre échelle, c’est une réflexion dans notre spiritualité, dans notre rapport au monde, à l’humain, à la nature, à Dieu.  C’est une conversion écologique.

 Il faut donc renforcer les recherches et les trouvailles de l’homme pour faire un monde meilleur. Il faut substituer à l’impératif de la production (société de consommation), un impératif de considération d’un développement harmonieux et commun entre l’homme et la terre.  On ne peut pas sacrifier le développement de l’homme à la production et à la croissance. Pendant longtemps, on a exploité la terre (et on l’exploite encore) pour des raisons d’argent, pour faire vivre les plus riches. On oublie alors les pauvres et en plus de cela, on abîme nos ressources, on est irrespectueux envers la Création.

Aimer et respecter son prochain, c’est aussi aimer et respecter nos ressources, notre terre. « Il n’y a pas d’amour sans responsabilité » disait Saint Jean-Paul II.

Mais alors comment atteindre cette conversion écologique ??

Dans un premier temps, il faut reconnaitre ses propres vices, péchés ou négligences contre la création de Dieu, puis se repentir de tout cœur, changer intérieurement. Dans un second temps, il faut une conversion communautaire. L’individualisme ne pourra parvenir à vaincre le consumérisme seul. Nous devons être conscients que nous vivons dans une fraternité universelle avec un Père commun. Nous avons besoin des uns des autres, nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres, il faut donc rompre dans les gestes quotidiens la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme, il faut revaloriser l’amour dans la vie sociale au niveau politique, économique et culturel, agir de concert avec les autres dans des dynamiques sociales avec amour.

Prière pour notre terre, rédigée par le Pape François, en conclusion du Laudato Si’ (2015).

 Dieu Tout-Puissant
qui es présent dans tout l’univers
et dans la plus petite de tes créatures,
Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,
répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.

Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs
sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres,
aide-nous à secourir les abandonnés
et les oubliés de cette terre qui valent tant à tes yeux.

Guéris nos vies,
pour que nous soyons des protecteurs du monde
et non des prédateurs,
pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction.

Touche les cœurs
de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres.

Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés,
à reconnaître que nous sommes profondément unis
à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie.

Merci parce que tu es avec nous tous les jours.
Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. »

Puis Reda Kadri :

Le Créateur se décrit dans le texte Coranique comme « Lui Lui qui a créé pour vous l’ensemble de ce qui est sur terre » :

هُوَ الَّذِي خَلَقَ لَكُمْ مَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا ثُمَّ اسْتَوَى إِلَى السَّمَاءِ فَسَوَّاهُنَّ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ وَهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ

2-29  Lui qui a créé pour vous l’ensemble de ce qui est sur terre. Puis Il s’est établi jusqu’au ciel et l’a alors harmonisé en sept cieux. ― Lui, Savant de toute chose.

L’ensemble de ce qui est sur terre est un dépôt confié de sa part entre les mains de l’Humanité. Dans le verset 2-30 il précise que les êtres humains sont des gestionnaires « Khalif » de la terre

La dégradation de la terre : ce terme est cité 50 fois dans le Coran

A trois reprises et dans 3 versets différents, il cite cette phrase : 7 : 56 – Ne dégradez pas la terre après qu’elle a été faite droite,

 Il indique aussi dans la sourate « les romains » :

30 : 41 – Des désastres se sont propagés tout au long de la terre et de la mer, à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ( la main = source d’énergie » . Il les laisse ainsi goûter les conséquences de certaines de leurs œuvres, qu’ils puissent revenir aux bonnes œuvres.

 Il décrit une catégorie d’humain qui dégrade la terre :

2-11 Et quand on leur dit « arrêtez de détériorer la terre !»  ils répondent toujours : « c’est plutôt nous qui agissons de façon adaptée et conforme » /

2-12 En réalité ce sont eux qui détériorent, mais cependant ils n’en ont pas conscience !

Le put ultime de satan (Protagoniste de déséquilibre »

4- 119 Et je les laisserai sûrement s’égarer, et je les ferai espérer en vain, et je leur donnerai des ordres, et ils altèreront le programme des outils de perception des animaux, et je leur donnerai des ordres, et ils altéreront la création d’Allâh. » — Qui à la place d’Allâh, prend Satan pour proche allié, s’abîme d’une manière explicite !

La question de l’écologie est au cœur de l’Islam car sa définition selon le Coran est :

  • Le radical SLM = l’équilibre et l’Harmonie —
  • ISLAM = un processus pour préserver l’équilibre et l’harmonie
  • La définition de l’Islam selon deux Signes du Coran : « Le Respect de la nature saine dans le cadre des Valeurs Divine Universelle »

Le premier péchés de l’humain était de toucher à l’Arbre : Le processus de développement sain

2 2-35 : « Et Nous dîmes : « Ô Adam ! Habite en paix le Jardin, toi et ton aspect conjoint, et mangez-en tous deux à satiété là où vous voulez, et n’approchez point de cet Arbre (le processus de développement basé sur les Qualités Divines) car ainsi vous vous trouveriez parmi ceux qui s’enténèbrent d’injustice. »

Processus de développement = ChaJaRat شَجَرَة

Procès (Litige soumis à un tribunal) = ChiJaR   شِجَار

Bismi Allah Ar-Rahman ArRahim est un verset qui se repete 114 fois dans le Coran et qui est un moyen de rappelle quotidien pour qu’il soit comme un bouclier pour préserver la création de Dieu

Le sens de Bismi Allah Ar-Rahman ArRahim = « Accompagné de la Valeur d’Allâh (de Celui qui lie l’alpha et l’oméga), qui n’est qu’Amour, ne dégage qu’Amour et entoure toutes choses de Sa chaleur et de Sa protection dans ce qui est invisible comme dans ce qui est visible. »

= J’exécute toute action selon les normes et les Valeurs définies par le Créateur de ce monde

le Tout Rayonnant d’Amour

puis Mamadou Seck :

Les textes coraniques sont imprégnés de références lièes à la nature et à l’écologie

Des principes éthiques énoncés dans plusieurs sourates :

Sourate 2, verset 30

« Lorsque ton seigneur confia aux anges je vais établir un vicaire (Khalifa), ils disent : « vas-tu y désigner un qui mettra le désordre et répandra le sang quand nous sommes là à te sanctifier et à te glorifier ? » Il dit « En vérité je sais ce que vous ne savez pas »

Les hommes sont les intendants de Dieu sur terre. Et parce que cette intendance n’est que provisoire, l’environnement n’appartient pas à une génération humaine à l’exclusion d’une autre. Le rapport de l’homme à son environnement est fondé sur une interdépendance équilibrée afin de ne pas compromette les chances de l’espèce humaine

3 sens de Khalifa

  • Celui a qui a été donné le pouvoir de gouverner d’autres personnes
  • Qui se succèdent les uns aux autres, génération après génération
  • Qui remplace quelqu’un absent ou mort

Khalifa qui se réfère au rôle de l’humanité en tant qu’administrateur de la création. C’est le devoir de l’humanité de sauvegarder l’ordre de la création. Les fruits de la Terre sont là pour qu’on en jouisse, mais ses ressources ne doivent pas être exploitées inutilement.

Khalifa est vient du mot Calife qui veut dire :

«Détenteur de pouvoir pour gouverner avec équité »

Sourate 28, verset 77

« Et recherche à travers ce qu’Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Allah n’aime point les corrupteurs».

Sourate 16, verset 112

« Et Allah propose en parabole une ville: elle était en sécurité, tranquille; sa part de nourriture lui venait de partout en abondance. Puis elle se montra ingrate aux bienfaits d’Allah. Allah lui fit alors goûter la violence de la faim et de la peur [en punition] de ce qu’ils faisaient »

L’exploitation abusive des ressources naturelles constitue une ingratitude envers Dieu et une forme de corruption.

Nul ne doit nuire à l’autre nous rappelle ce verset

 

Un vocabulaire très précis :

FITRA, qui se réfère à la création tel un ordre naturel originel

TAWHID, qui se réfère à l’unité de la création, autrement dit que toutes les choses dans le monde sont liées les unes aux autres, car elles sont des signes égaux de Dieu, également importantes, précieuses et méritant notre protection

MIZAN équilibre, état d’une création bien ordonnée et qui doit être maintenue ainsi ou réparée.

L’abondance des sujets sur la nature, traités par le coran est exceptionnelle.

Ces textes font souvent allusion à la mesure, à la modération, et à l’équilibre.

Cependant on constate un réel retard du monde musulman sur ces questions.

Le contexte actuel est très favorable à une réappropriation et à une relecture de nos textes.

Pour mettre en pratique toute cette culture et cette vision écologique de nos textes, nous devons revoir certaines de nos pratiques comme par exemple faire les ablutions cinq fois par jour sans gaspillage, faire moins d’abus et de gaspillage pendant le mois du ramadan, développer le niveau culturel de nos imams sur les questions en prise avec la société pour qu’ils puissent faire des sermons après les prières ( surtout celles du Vendredi) sur ces questions), que les associations musulmanes descendent sur terrain social pour faire cohabiter système religieux et système social.

Nous avons des arguments dans les textes pour faire cela pourvu que nous les adaptions à notre contexte actuel, car la réflexion sur les textes est toujours le fruit d’une époque.

 

 

Et enfin, Nicolas Damon a parlé des valeurs de respect de la terre dans le bouddhisme :

« Face à l’ampleur du défi de la protection de l’environnement, des mesures concrètes s’imposent aux activités humaines. Et si l’enjeu se nichait avant tout dans une révolution durable de l’esprit humain ?

En 1972, le monde, fier de trente années glorieuses de développement et de progrès économiques, entend, incrédule, un cri d’alarme. C’est Aurelio Peccei1, pionnier de la cause environnementale, qui martèle « Halte à la croissance ?! »2Soutenue par l’enthousiasme populaire, cette croissance déchaînée rend aveugle aux signes du climat qui se dérègle et de l’environnement qui se dégrade sous l’effet des activités humaines. Elle rend sourd aux voix des sages qui incitent alors à regarder plus loin que les gains à court terme, et surtout, à considérer leur prix à long terme. 

Près de cinquante ans plus tard, la conscience qu’il est nécessaire de changer nos habitudes et nos manières de faire pour le bien de la planète a largement gagné les opinions publiques. Réglementations et contraintes se mêlent au fonctionnement des organisations et entreprises. Actions collectives et individuelles se multiplient, se pérennisent, jusque dans le quotidien des foyers. De plus en plus. Mais est-ce suffisant ? Y arrivera-t-on un jour ? N’est-il pas trop tard ? À ces questions rationnelles, que peut apporter la religion ? 

Vers une révolution durable de l’être humain

Dans la perspective de la COP21, les responsables de culte en France se sont unis, en juillet 2015, pour lancer un appel clair aux dirigeants et aux citoyens : faire de la crise climatique un défi spirituel et moral.3 Car concevoir un ensemble de solutions pour un compromis entre croissance économique et protection de l’environnement ne saurait être suffisant pour être durable. 

La crise climatique ne nous montre pas seulement les limites naturelles de la croissance. Elle nous renvoie à notre condition commune d’être humain. Nous, habitants de cette planète. L’épreuve à laquelle elle nous soumet nous force à répondre plus en tant qu’êtres humains, qu’en tant que membres de nations. La nature s’exprime et nous enjoint à revoir notre attitude envers elle, à refaire surgir le désir originel de vivre en harmonie avec elle. Ainsi, le changement durable de nos modes de vie se fera en accord avec une révolution durable de notre état d’esprit. Selon le point de vue bouddhique, notre situation actuelle face au défi climatique trouve son origine dans les trois poisons.4 « Polluants » inhérents à la vie elle-même et à celle de chaque individu, avidité, colère et ignorance sont le terreau de la disharmonie intérieure et extérieure. Les effets non maîtrisés de ces tendances sont d’autant plus remarquables à grande échelle : guerres, destructions, famine, épidémies, pauvreté, gaspillage… 

Selon Daisaku Ikeda, la religion doit permettre à l’individu de se maîtriser, en toute sagesse : « La religion est la force qui peut contrôler ces traits indésirables qui font partie de la nature humaine. Le fait indéniable que ces traits n’aient pas toujours été contrôlés semble prouver l’impuissance du sentiment religieux. Mais ceci n’est pas toujours vrai. (…) [Un enseignement religieux] doit être le moyen grâce auquel l’individu arrive à avoir en lui une force intérieure suffisante pour terrasser, avec l’aide de sa volonté, les trois poisons. »5 Autrement dit, la philosophie de vie d’une religion doit permettre à celui qui la pratique de s’élever au-delà de ses propres pulsions destructrices, tout en consacrant son énergie à vivre en harmonie avec son environnement humain et naturel. 

Dans le bouddhisme pratiqué au sein du mouvement Soka, on appelle cela la « révolution humaine ». Cela signifie devenir capable de changer son état d’esprit par soi-même, et se transformer à travers l’expérience de la vie. Cela signifie devenir une personne qui ne gagne plus son bien-être au détriment de qui ou quoi que ce soit, mais dont le bonheur naît en contribuant à celui des autres. Vivre en tant que bouddhiste, c’est agir pour ce qui est nécessaire et juste pour soi et les autres. C’est enfin désirer vivre selon un objectif de vie qui appelle à développer son plus grand potentiel. Enclencher le processus de sa propre révolution humaine commence par la récitation de Nam-myoho-renge-kyo. Cette action a le pouvoir d’harmoniser sa vie individuelle avec celle du grand univers, de goûter la plus profonde forme de joie de vivre et la plus grande source d’énergie vitale. 

Une conscience active

Vouloir d’abord sa propre sécurité est aussi un trait humain. Mais, si l’on souhaite y parvenir, n’est-ce pas le bon sens que de vouloir la sécurité de l’environnement même où nous vivons ? Cet environnement est notre quartier, notre ville, notre pays et peut être élargi au monde entier. En particulier, la lutte pour la préservation de l’environnement a besoin de tous, et de toutes les actions en ce sens, grandes ou petites. Pourtant, « aussi noble que soit un objectif, les gens n’ont pas le désir de passer à l’action tant qu’ils ne sont pas convaincus de sa valeur »6, constate Daisaku Ikeda. 

Si aborder le problème de façon globale peut nourrir un sentiment d’impuissance qui mène au désintérêt et à la passivité, l’action locale peut être la source d’une réelle prise de conscience citoyenne. Il importe de susciter l’adhésion à une cause pour déclencher une action en sa faveur. Car c’est en agissant que la conviction et le sens de ce que l’on fait émergent véritablement. Il n’existe pas de moteur plus puissant pour maintenir ses efforts et faire perdurer son élan dans le temps. Daisaku Ikeda poursuit : « La joie et la fierté éprouvées en découvrant que leurs actions contribuent à changer la réalité libèrent [les gens] d’un sentiment de résignation impuissante. »7

Rien ne peut faire se rallier et s’impliquer un nombre croissant de personnes que de créer et partager un sentiment d’accomplissement. Les solutions ne viendront pas seulement des décideurs politiques ou des grandes entreprises, il tient à chacun de prendre part à cette cause. Au cœur de la philosophie bouddhique, respecter l’environnement revient à se respecter soi-même. Ainsi naissent joie et fierté de faire partie du monde en tant qu’êtres humains, citoyens responsables de cette planète dont nous prenons soin. »

Paru dans Valeurs humaines n°61, novembre 2015, p. 24-25.

Notes

  •  Aurelio Peccei, industriel italien, fondateur du Club de Rome qui réunit des personnes de tous horizons préoccupés par l’avenir de la planète et de l’humanité dans son ensemble.
  •  Titre du rapport du Club de Rome, en 1972.
  •  Déclaration de la Conférence des responsables de culte en France du 15 juillet 2015. 
  •  Avidite, colère, ignorance : considérés en bouddhisme comme les maux fondamentaux inhérents à la vie, responsables de la souffrance humaine, et étant la source de toutes les illusions et des désirs terrestres. Ainsi ils empêchent les êtres humains de tourner leur ceur et leur esprit vers le bien.
  •  Daisaku Ikeda et Aurelio Peccei, Cri d’alarme pour le XXIe siècle, PUF, 1986, pp. 131-132
  •  Daisaku Ikeda, « Proposition pour l’environnement », D&E-septembre 2012, 15.
  •  Ibid.

 

Des échanges ont poursuivi cette présentation :

La religion aurait-elle été instrumentalisée pour exploiter la nature ? Le Christ invite à prendre modèle sur les oiseaux des champs, mais ils disparaissent… qui imiterons-nous ?

L’évangile a annoncé des catastrophes, en sommes-nous là ? Pouvons-nous revenir en arrière ?

Il y a eu une époque où la religion était prépondérante : contemplation de la nature. Puis la science a dominé et la nature a été exploitée. Est venu ensuite l’homme avec la politique, la nature a été spoliée. Maintenant, le mal est fait…  Que faire ?

Le Christ a appelé les hommes à faire fructifier ce qu’ils ont reçu, c’est la parabole des talents. Faisons-nous fructifier nos propriétés ?

Marcher sur les chemins permet de vivre dans la nature et provoque une transformation intérieure.

Nature et homme sont interdépendants, respect donc à la nature et à tous les êtres vivants.

L’homme est co-créateur de la nature avec l’Eternel. Le temps étant orienté, nous devons agir mais de façon éthique en appliquant le principe de responsabilité de Hans Jonas.

 

Beaucoup d’interrogations…

Nous avons terminé par la lecture du Cantique des Créatures de Saint François d’Assise.

[1] Voir l’article de Catherine Chalier : « Je suis un étranger sur la terre » (Ps 119,19). Pardès 2005/2 (N°39), pp 175/185.

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