1er décembre 2019 – La transgression, rencontre avec Christian Delorme

1er décembre 2019 – La transgression, rencontre avec Christian Delorme

La transgression

Compte rendu de la réunion du dimanche 1er décembre 2019 avec Christian DELORME

La transgression, c’est dépasser des limites, passer outre, traverser. Elle est liée à la liberté, porteuse de mal ou de bien.

Il y a des interdits fondateurs qui permettent aux hommes de vivre. La plupart des civilisations ont ce souci de canaliser la violence et d’apporter de l’ordre.

Plusieurs exemples ont été cités pour illustrer cela :

  • Le refus de Rosa Park de s’installer dans le bus réservé aux noirs,
  • La désobéissance d’Adam et Eve qui va entrainer la chute et en même temps qui va nous permettre de découvrir la liberté.

LES LOIS

Pour lutter contre ces désordres et permettre le vivre ensemble, il y a des lois (civiles, morales, religieuses, avec des distinctions qui peuvent être faites entre elles : est-ce que ce qui est moral est civil et inversement, est ce que ce qui est civil est moral ?

Toutes ces lois, civiles, religieuses ou morales bougent en fonction du contexte historique.

LA CONSCIENCE

Mais au dessus de toutes ces lois, il y a la Conscience.
Chacun en fonction de sa situation distingue ce qui est bien et ce qui est mal.
Croyant que Dieu est au cœur de tous, Dieu guide cette liberté de conscience.
La conscience morale bouge, les transgressions changent…

LA TRANSGRESSION peut se manifester contre les lois, par de la résistance comme les résistants de la 2ème guerre mondiale, les objecteurs de conscience. Elle peut aussi se manifester contre la religion, telle Jeanne d’Arc qui devient chef militaire, Françoise d’Assise qui, laïc, prêche, Martin Luther qui s’oppose à l’attitude de l’Eglise de l’époque.

Jusqu’où peut-on transgresser les interdits religieux ?

Pour les Chrétiens, le premier transgresseur est Jésus qui ne respecte pas tous les interdits de la pureté en rencontrant des lépreux, des femmes pècheresses. Parfois pour être fidèle, il faut être infidèle. L’important n’est-il pas d’accueillir un héritage et le faire fructifier et alors être infidèle parfois ?

La transgression n’est pas trahison qui est une tromperie. Il peut y avoir trahison du message. A cela il est important de faire attention. Quelques exemples : Pierre Valdo a été excommunié, Erasme a prôné la tolérance en disant que la paix est première, avant la vérité dogmatique, Lacordaire, Ozanam, Le Père Lagrange, fondateur de l’Ecole Biblique de Jérusalem a initié la méthode d’analyse historico-critique des textes, Teilhard de Chardin.

Le concile Vatican 2 a innové un discours sur les croyants non-chrétiens impensable au siècle précédent et a refusé l’arme atomique. Aujourd’hui, quelques femmes sont ministres de culte dans des religions où cet accès leur était interdit. Si chez les chrétiens le premier transgresseur c’est jésus, quelle résonnance de la transgression chez les musulmans et chez les bouddhistes ?

Viennent alors les interventions des auditeurs :

Pour les musulmans :

Reda : La transgression est interdite selon le Coran : ce qui est autorisé est ce que j’appelle « une démarche Qualité » .
La « religion » selon le Coran consiste d’abord à respecter les Valeurs Divines qui sont Universelles.
Une interdiction religieuse est souvent une interprétation des textes par les humains dans un contexte particulier.
Si l’instruction religieuse « humaine » est préjudiciable aux Valeurs Divines, il faut la transgresser, non par intérêt, mais par souci d’être fidèle à la nature éminemment saine du Créateur.
Le Coran, précise quelques situations de ce genre :
Par exemple : L’interdiction de consommer une bête trouvée morte « = application de la Valeur Précaution » peut être « transgressée » devant la Valeur « Vie = nécessité vitale ».
Ce n’est pas une transgression proprement dite « négative » mais une « démarche Qualité positive »
Mamadou : lorsque le cas de contrainte ou de nécessité est avéré, l’islam autorise la personne à effectuer (dans certains cas, conditions et avec des nuances précises) l’acte auquel elle est contrainte, malgré que celui-ci soit interdit.
Mais ces situations doivent être lues au regard d’une notion fondamentale, celle de « valeurs » et que la seule valeur qu’on ne peut pas transgresser c’est la « valeur divine ». « Dieu a pardonné à ma communauté ce qu’elle fait par erreur, ce qu’elle fait par oubli et ce qu’elle fait sous la contrainte »

Sourate 5 Verset 3 : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte -. (Vous sont interdits aussi la bête) qu’on a immolée sur les pierres dressées, ainsi que de procéder au partage par tirage au sort au moyen de flèches. Car cela est perversité. Aujourd’hui, les mécréants désespèrent (de vous détourner) de votre religion: ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous. Si quelqu’un est contraint par la faim, sans inclination vers le péché… alors, Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Pour les Bouddhistes pas de notion de Bien et de Mal.

Même un bouddha possède, de façon latente, l’état de mal absolu, de même qu’un criminel possède l’état de bouddha. C’est pourquoi Devadatta, le cousin de Shakyamuni, archétype du plus grand mal, qui entreprit d’attenter à la vie du Bouddha, fut dans une vie antérieure l’ermite du nom d’Ashi qu’il avait pris pour maître, et qu’il atteindra de nouveau l’Eveil dans le futur sous le nom de Roi céleste. Dans sa relation avec Shakyamuni, Devadatta s’est laissé vaincre par sa jalousie qui l’a poussé à essayer de le détruire. Josei Toda expliquait : « Quand Sha kyamuni pratique la loi du Bouddha, Devadatta pratique l’injustice. Et ainsi ils se stimulent mutuellement. Mais, une fois que le bien est entièrement révélé, le mal, dans sa totalité, se confond avec le bien. » Pourquoi ? Parce qu’il oblige à se surpasser et permet ainsi de découvrir et de développer des potentialités qu’on ne soupçonnait même pas. Cela signifie que le Mal et le Bien ne sont pas des choses concrètes, ils prennent leur dimension dans une relation.

Pour les autres auditeurs :

  • Nous parlons de paix, mais est-ce celle des hommes ou celle de Dieu ? Pour les Chrétiens la loi de Dieu est la loi d’amour.
  • « Jésus ne vient pas pour abolir la loi mais pour l’accomplir », mais a-t-il vraiment transgressé ? Il ouvre des chemins à l’intérieur de la loi mosaïque. Les Evangiles disent que Jésus s’oppose aux Pharisiens. Ne s’oppose-t-il pas plutôt à une certaine rigidité pour revenir à une pratique plus proche de l’Ecriture ?
  • Il y aura toujours de la rigidité liée au pouvoir.
  • Il s’agit d’accompagner le peuple dans les nouveautés en évitant les blocages.
  • Pour l’islam, il s’agit de retrouver les valeurs du Créateur.
  • Il est important de se fixer sur la loi d’amour, les mariages mixtes fondés sur l’amour sont des transgressions courageuses. Certaines communautés, ne les rejettent ni les méprisent.

Proposition de Christian Delorme pour une nouvelle conférence : Y a-t-il de saints mensonges ?

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