Archive: novembre 2020

Colloque des bouddhistes

Comment concilier nos appartenances religieuses et la construction d’un avenir commun ?

Bonsoir à tous, je vous souhaite une bonne soirée,

Je suis donc catholique et à la retraite, j’ai pu exaucer, il y a une dizaine d’années, un de mes désirs de jeunesse, apprendre l’hébreu biblique. Je suis donc entrée à l’Université Catholique de Lyon où j’ai pu faire cet apprentissage et depuis 6 ou 7 ans j’anime un atelier de lecture biblique au Centre Chrétien pour l’Etude du judaïsme.

Pour mieux comprendre cette langue et les écritures qui la portent, j’ai demandé à la synagogue libérale de Lyon de m’accueillir en tant que catholique. J’ai ainsi pu participer aux offices de shabbat et fêtes pendant 7 ou 8 ans. J’y vais encore de temps en temps et j’y ai noué de grandes amitiés. J’y ai été secrétaire du culturel pendant 3 ans.

J’ai été alors sollicitée par les Fils d’Abraham, association inter religieuse initiée par Max Bobichon, j’en suis maintenant la secrétaire.

J’ai aussi fait la connaissance du groupe Abraham de la Duchère, également inter religieux. Dans ces deux groupes je peux découvrir le monde de l’islam. Et, en même temps cela me permet d’approfondir ma religion.

Alors évidemment je vais partir de l’Ecriture pour ouvrir la rencontre de ce soir.

Mais avant, juste une réflexion entendue ces derniers jours à la radio.

Une archéologue interrogée pour savoir quand l’humanité était apparue, répondit, : « c’est lorsqu’un fémur a été réparé ». Cela signifie que l’humain a agi contre la loi naturelle et a laissé à son proche le temps de guérir pour qu’il ne meure ni de faim, ni de soif, ni d’autre chose.

Revenons aux évangiles :

Un spécialiste de la loi demande à Jésus ce qu’il faut faire pour « gagner son paradis » en quelque sorte. Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même » (Lv 18,5).

Alors, évidemment se pose la question de savoir qui est mon prochain. La parabole du bon Samaritain donne un élément de réponse (Lc 10,25). Un homme descend de Jérusalem à Jéricho et sur son chemin, il tombe sur un homme que des bandits ont roué de coups et laissé pour mort.

Un Samaritain, à l’époque les Samaritains sont déconsidérés, gens de peu, gens d’ailleurs, étrangers n’ayant pas les mêmes croyances, pas les mêmes pratiques, ce Samaritain donne les premiers soins et conduit le blessé à la première auberge. En ordonnant à l’aubergiste de le soigner il lui donne déjà deux pièces d’argent et l’assure qu’il repassera payer toutes les dépenses supplémentaires qui auront été faites pour cet homme.

Cette parabole apprend que ton prochain n’est pas obligatoirement celui qui t’est proche, cela peut être celui que tu ne connais pas, celui qui t’est étranger, et même ton ennemi (Lc 6,27). Le prochain peut être l’homme de la rencontre fortuite car tout être humain est potentiellement le prochain. Et chacun peut être un jour le blessé ou le bon Samaritain, personne n’est épargné ! Le prochain est un autre moi, en dignité, en potentiel. Il est celui qui a besoin de moi.

Le Samaritain n’attend pas de retour car l’exigence éthique n’est pas symétrique.

De plus, par son geste il implique les autres, en l’occurrence, l’aubergiste qu’il met face à sa responsabilité.

Aimer son Dieu est ainsi vivre de façon existentielle sa relation avec la Transcendance. L’être humain est unique et chacun a une étincelle de Dieu. Le mal serait de diminuer la dignité de l’autre, aimer le pauvre même quand il est défiguré par sa pauvreté. Dignité dans les soins, dans le logement, dans la justice. On ne peut pas s’en désintéresser.

Je voudrais aussi revenir sur la parabole des talents (Mt 25,14-30) : un homme riche part en voyage et il confie des talents à 3 de ses ouvriers. A son retour, il en demande des comptes. Deux des ouvriers ont doublé la somme confiée, ils sont félicités et invités à se réjouir. Quant au troisième, la peur lui a fait enterrer ses talents et il redonne une somme identique à celle confiée. Le maître le fustige et l’envoie dans les ténèbres du dehors.

Ceci m’apprend que si je suis née avec des talents, il est de mon devoir de les développer et de ne pas m’asseoir sur eux. Le plus difficile est peut-être de connaître ses dons…

A la fin de chaque journée, je devrais pouvoir me demander ce que j’ai fait aujourd’hui, comment ma journée a été féconde.

Alors, que signifie pour moi l’inter religieux ?

Il me permet de faire connaissance avec ceux qui sont animés par le même désir mais ont une approche différente en fonction de leurs convictions et de leurs cultures, et pouvoir ainsi les appeler « frères ». De fait, je rencontre ainsi mon prochain qui m’est étranger avec son étrangeté. Cela demande une grande écoute pour abattre les préjugés et dépasser la peur que l’autre provoque en étant différent. Alors naît la joie de découvrir la richesse de nos différences. La déconstruction des amalgames permet de donner un visage à l’autre.

Ce sont des rencontres de personnes.

Et chaque matin je devrais pouvoir répondre au Seigneur qui m’appelle et comme Abraham pouvoir dire : « me voici ! » « Hinne ni » en hébreu.

Ainsi je deviens « pèlerin de l’horizon » selon la définition de Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine qui ont donné leur vie par amour pour leur prochain, ceux qui avaient besoin de leur présence et qui, comme eux, croyaient en la lumière derrière l’horizon.

Chaque jour je suis convoquée pour faire fructifier mes talents, les faire grandir en qualité et en quantité.

C’est ma responsabilité en tant qu’enfant de Dieu de relancer l’Histoire par l’amour infini que je reçois chaque jour du Créateur.

Christel Jenoudet
le 18 novembre 2020

Maintien des liens de fraternité

Maintien des liens de fraternité à l’intérieur et à l’extérieur de l’association des Fils d’Abraham

Annonce du décès de Jacques TARET, hier.
Annonce aussi du décès de la mère d’Isabelle SECK.
Nous partageons la peine de leur famille.

Les petits groupes comme le nôtre sont à même d’ouvrir les cœurs. Les Fils d’Abraham ont un idéal qui dépasse chacun. Notre groupe a un objectif d’engagement. Nous vivons une fraternité qui permet de dire des choses en toute simplicité.

Comment traduire cet engagement à l’extérieur des Fils d’Abraham ? Sortir du dialogue intellectuel des textes pour AGIR. Ce travail sur les textes est cependant indispensable et cette étude a permis de nouer des amitiés entre nous. Engagement de PRIERE aussi. Mention de la dernière encyclique du Pape François : « Fratelli tutti » Editions du Cerf, 2020.

L’un de nous garde des liens avec la synagogue et les pauvres de son quartier. Il lance un appel aux media pour qu’elles arrêtent de mettre le feu aux poudres. Arrêter de faire l’amalgame. Notre République a besoin de paix. Notre foi doit nous rassembler et non pas nous diviser. Les imams ont-ils joué leur rôle d’apaisement ? Il nous faut plus de fraternité, d’apaisement entre nous tous, Chrétiens, Musulmans et autres…

L’un de nous intervient pour demander d’user de toute la fraternité possible. Nous avons tous un socle commun sur lequel nous devons travailler. Faire front commun face à une certaine violence. Ne pas hésiter à secouer les politiques.

Le livre de Cédric Herrou : « change ton monde » est évoqué. La fraternité est un DEVOIR. Ne pas « chasser » les migrants qui traversent la montagne. Il a ouvert un centre d’Emmaüs. En hébreu, le verbe abad signifie « se mettre au service », en alliance avec tous les êtres humains du monde.

Essayons de donner l’exemple. Les textes écrits à propos des attentats ne suffisent pas.

AGIR : Pourquoi pas aider à l’enseignement du fait religieux dans les écoles ?
AGIR également dans les prisons.
Chercher des solutions aux difficultés de la vie.
Important de prendre soin des uns des autres.
Dans ce moment difficile, certains peuvent se replier sur eux, par angoisse, par stress.
Le don désintéressé de soi-même permet de se réaliser. Rien ne peut se faire sans lien avec les autres.

« Mon testament, le feu de l’alliance » : André Chouraqui. L’engagement de l’amour porte le feu de l’alliance.

Des musulmans se posent la question de savoir ce qu’ils font ici. Ils ne se sentent plus leur place en France.

L’ignorance mène à la peur et la peur à la violence, dirait Averroes. Nous devrions faire des choses ensemble, tisser des liens, des ponts, pour ne plus vivre côte à côte.

Cergiz KALAYCI, nouveau président du culte musulman de la région Rhône Alpes est présent avec nous, envoyé par Richard Abd el Malik. Son mandat de 2 ans, il lui reste encore 1 an. Certaines personnes sont montrées du doigt alors qu’ils ne sont pas concernés par les faits actuels.

Ne pas juger l’autre. On a tous une responsabilité dans le choix de la mort ou de la vie, la vie est le divin.
Tout est en nous, et c’est à chacun de faire le choix.

Agir sur de petites actions. Tout le monde n’est pas fait pour agir sur de grandes actions. Ouvrir l’oreille, savoir ECOUTER.

Mais comment avoir une PRATIQUE SOCIALE commune dans notre Association. Comment « profiter » des compétences de chacun pour accompagner des situations rencontrées dans le groupe.

L’inter religieux est très important pour ne pas faire d’amalgames.

Recommandation du Prophète concernant le voisinage. Au moment de faire le repas, le faire beaucoup plus grand et inviter les voisins ou le partager.

« Ce qui vient du cœur touche les cœurs » : ce rayonnement fait du bien et est un moyen d’apaisement.

Le paradoxe est que l’action avec les autres est actuellement difficile à cause du confinement.

Pour certains l’écriture est une source de vie. Le chapitre 4 du prophète Michée parle de la paix qui pourrait venir en marchant chacun au nom de son Dieu.

Vivre 9 mois en isolement ne sera pas sans conséquences. Là où je suis j’essaie de vivre dans la vérité et dans la conscience.

Relancer la fraternité dans le groupe

La fraternité commence déjà par dire bonjour à ses voisins même si leur religion n’est pas la même que la mienne. Importance de l’action individuelle.

Pourquoi ne pas mettre en place une écoute hospitalière autour de nous, peut-être en téléphonant aux membres de l’association en ayant la liste des adhérents.

Être rassurant en ce moment, chacun a besoin de cela en rappelant qu’au-dessus de tout cela, il y a un Créateur qui a des valeurs universelles.

En conclusion, deux citations :

« Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté, mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Chercher donc à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions, votre retour à tous, se fera vers Dieu. Il vous éclairera, alors au sujet de vos différends. » (le Coran, 5 ,48).

« Un verre d’eau offert ou reçu, un morceau de pain partagé, un coup de main donné, parlent plus juste qu’un manuel de théologie sur ce qu’il est possible d’être ensemble » Christian de Chergé, L’invincible espérance, Editions Bayard, 1997

15 novembre 2020