Lettres de Max Bobichon

Bonne fête de la « Tous Saints »

« Nous vivons une drôle d’époque ». C’est une réflexion que nous entendons souvent et que nous faisons nous-mêmes souvent.

Oui, il y a des événements que la nature nous impose maintenant, parce que nous avons omis de la respecter. Nous devons lutter ensemble contre le réchauffement, contre le COVID.

Il y a des événements qui sont imposés par la haine des uns ou des autres.

Oui, à un enfant de 5 ans aujourd’hui, on dira plus tard « ton papa qui était professeur d’histoire-géographie, très aimé de ses élèves qu’il formait à la liberté dans tous les domaines, ton papa a été décapité par des gens qui n’accepte pas que la liberté soit la condition de toute démarche humaine et en particulier de celle de se tourner vers Dieu ».

Comment en sommes-nous arrivés là ?

De tout mon cœur, je rends hommage à celles et ceux qui ont mission d’enseigner, d’éduquer, « d’instiluer » (selon le vieux mot plein d’espérance de l’éducateur de notre enfance première). Leur mission est de plus en plus difficile, j’allais dire périlleuse.

Je me souviens d’un professeur de l’enseignement public qui disait « En enseignant la morale républicaine à mes élèves, en exigeant d’eux que, dans la classe, ils grandissent en paix les uns avec les autres, je prépare leur avenir à s’ouvrir à la source de tout amour dont je ne peux pas leur parler par exigence de la laïcité. Cette source, ils la connaitront peut-être. En attendant, ils bénéficient de ses effets… »

Un panneau porté place de la Concorde disait « Si Dieu existe, il doit avoir honte ». Je pense que l’on doit avoir honte de se référer à un Dieu pour assassiner ! Je n’ai pas honte du Dieu auquel je crois et dont je veux témoigner. Il est celui dont parle le pape François avec le grand Imam Ahmad Al-Tayyeb : « Au nom de Dieu qui a crée tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité et les a appelés à coexister comme des frères entre eux pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix, nous déclarons adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère ».

(cf. encyclique François 2020 Fratelli tutti)

Max Bobichon

20 octobre 2020

A propos du corona virus

Merci de tout cœur pour ce merveilleux dialogue animé

Je me sens très concerné, heureux de votre initiative pleine de foi, d’espérance.

Depuis longtemps, nous nous efforçons de nous aider à chercher Dieu dans nos vies à partir de nos racines différentes. L’épidémie provoque l’humanité, chacun de nous, à la réflexion. Merci de faire part de la vôtre avec autant de vérité. Pour moi, Dieu nous a créés autonomes mais pas indépendants. Notre autonomie acharnée nous a fait construire un monde fermé simplement à notre dimension, un peu comme des enfants ne s’occupant plus des conseils de Dieu relayés par la conscience des parents. Nous avons bâti des jouets que nous cassons après les avoir admirés. Ils sont empoisonnés. Bien sûr nous avons des rappels, des signes comme chacun des hommes voulant s’arrêter pour réfléchir. Mais qu’avons-nous fait de notre conscience ? Finalement, nous prenons aujourd’hui conscience de ce monde construit par nous sans tenir compte des signes que Dieu nous donne : les religions, les prophètes, les spiritualités de tous genres. Dieu ne nous punit pas. Aujourd’hui, nous constatons que ce monde est fragile et invivable par notre faute. Il n’est pas conforme au rêve d’amour que Dieu a sur ce monde et dont il nous parle en révélant les prophètes, c’est-à-dire un monde d’amour. Nous avons abusé de notre autonomie, nous prenons tardivement et brutalement conscience de cette fausse route que nous avons prise qui engendre la misère d’un côté, l’abondance de l’autre. Mais les limites ont été franchies et tout craque.

Max Bobichon

A propos de masques

N’avez-vous jamais rencontré Arlequin ?

Souvenez-vous de son bicorne qui coiffe sa tête masquée et ses yeux pétillants de malice qui risquent de percer le tissu du masque tant ils sont d’une lumière intense. Et son vêtement lui aussi tellement lumineux, formé de losanges de toutes les couleurs les plus vives… Remarquez qu’aucun losange ne déborde sur ses voisins. Chacun est indépendant de tous ceux qui l’entourent : chacun marque jalousement ses frontières, chacun chatoie à  côté des autres.  Mais ils ne font rien ensemble.

A l’inverse, contemplez un arc en ciel. La pluie de l’orage bruyant vient de cesser. Et là, à l’horizon de la route que je suis silencieusement, un bel arc en ciel déploie son demi-cercle avec majesté. Ses couleurs vives se détachent toutes pimpantes sur le ciel bleu. Pour l’instant, chacune des couleurs s’impose à mon regard. Mais rien ne les tient séparées l’une de l’autre. Soudain, en un instant, elles s’évanouissent et se réunissent ensemble pour former une unique lumière bienfaisante pour toute la création que la pluie a purifiée de ses poussières mauvaises. Le paysage lavé se laisse admirer, éclairé intensément par cette naturelle luminosité.

Ne croyez-vous pas que le manteau d’Arlequin est riche d’individualités indépendantes ? C’est bien mais l’arc en ciel, lui, est riche d’individualités qui construisent ensemble la merveille qu’est la lumière.

A quoi vaut-il mieux ressembler ?

Au losange solitaire, même dans sa beauté jalouse ou à chaque couleur du prisme lumineux qui accepte grâce à son effacement de recomposer un ensemble utile à tous ?

A nous de choisir…

Max Bobichon

Octobre 2020

Fraîcheur…

Claude Roy, dans la préface demandée pour « Caravanes d’Asie, route de la soie » écrit par Anne Philippe, la félicitait de « vivre ce voyage et sa vie avec fraîcheur ».

J’ai aimé ce mot. Je me demande si ce n’est pas le souhait que l’on peut faire à ceux que l’on aime… « vivre avec fraîcheur ».

C’est vrai, songeons à la fraîcheur du matin dans la campagne… souvenons-nous de cette marche dans le soleil levant, les pieds mouillés par la rosée rafraichissante ou encore, après un jour de canicule, cette découverte du ciel étoilé dans le calme retrouvé et la fraîcheur de la nuit tombante.

Oui, je vous souhaite de vivre une « certaine fraîcheur » lorsque le jour se lève pour un travail qui sera peut-être difficile ou lorsque nous songeons à certaine rencontre un peu rude au plein midi de canicule avec le Covid omniprésent.

Je songe aussi à un poème sur le St Esprit pour le jour de Pentecôte :

« Lave ce qui est souillé,

Baigne ce qui est aride,

Guéris ce qui est blessé ».

Oui, sois pour nos vies tellement stressées, la fraîcheur qu’est la rosée du matin pour le brin d’herbe qui ploie sous des perles cristallines, mais aussi l’eau de la source après une étape pénible et ensoleillée.

Max Bobichon

Septembre 2020

Au nom des Fils d’Abraham de Lyon.

Soucieux de la place égalitaire de toutes les religions dans la République, nous condamnons fermement les actes criminels qui ont été perpétrés dans les mosquées Omar à Bron et Essalam à Perrache.

Depuis 1993, nous œuvrons pour que dans l’agglomération lyonnaise, soit reconnu ce droit intangible, à savoir que chaque religion doit avoir des lieux de culte pour rassembler ses fidèles.

Comme pour toutes les autres religions, ces lieux sont des lieux de pratique qui nous permettent de cheminer vers ce Dieu unique qui nous rassemble tous autour de notre guide Abraham.

Nous réaffirmons avec force notre volonté de continuer à défendre cette liberté afin que nous puissions vivre ensemble dans cette République qui veut pour ses enfants la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Shalom, Paix, Salam.

Max Bobichon, Mamadou Seck, président et le Conseil d’Administration,
Lyon le 17 août 2020

Réenchanter nos vies

Le terme de réenchanter me plait. Le verbe déjà employé par divers auteurs exprime profondément ma conviction, à l’âge où je suis et dans le temps que nous sommes en train de vivre.

Oui, il nous faut réenchanter nos vies dans toutes leurs dimensions.

D’abord tributaire de Hubert Reeves dans son ouvrage « Le banc du temps qui passe » je cite l’auteur qui fait un plaidoyer contre ceux qui prétendent que la science a désenchanté le monde en triant les légendes.

« Au cours des derniers quatorze milliards d’années, les lois de la nature, accompagnées des effets du hasard, ont transformé le magma incandescent des premiers temps en l’infinie variété d’orga-nismes qui habitent aujourd’hui l’univers. Elles ont engendré l’odeur du muguet au printemps et le chant du rouge-gorge dans les fraîches matinées d’avril. Également les tournesols de Van Gogh et les sonates de Schubert…

Vu sous cet angle, nous n’avons certes pas perdu au change ! »

Ce témoignage d’un scientifique qui se révèle poète est précieux dans mon argumentation.

Oui renouvelons notre regard sur la nature et ses mystères peu à peu révélés. C’est aussi l’invitation du pape François dans Laudato Si.

Mais peut-on réenchanter notre vision comme croyant au monde de nos rites ?

Ce matin, en vacances en Ardèche, j’ai participé à une eucharistie dominicale dans un petit village. Je suis arrivé un peu en retard. Regards anxieux derrière les masques portés sur ce vieux monsieur accompagné qui essaie de trouver une place libre dans un espace restreint pour lutter contre le virus. Enfin assis, je regarde. Je suis entouré d’un bon nombre de gens : il n’y a que peu de messe sur cette paroisse. Très grande variété d’âge et de profil social. Le célébrant est africain, je l’écoute sans comprendre un mot de ce qu’il dit. Il est jeune, déterminé. Il a quitté, me dira-t-il à la fin de la messe, son Mali natal. Il est étudiant à Rome, met ses vacances au service de ses frères qui, sans doute comme moi, admire son dévouement, tout en ne comprenant pas le message évangélique  qu’il veut nous livrer avec des mots qu’il prononce tellement mal.                    Mais il est là. Alors la messe se déroule. Bien sûr, à partir de l’offertoire, je sais de mémoire tous les mots qu’il prononce.

Et je regarde en pensant à ma question initiale : comment réenchanter ces rites ? Comment rendre vigoureuses ces paroles, devinées sans bien les comprendre ?

A côté de moi un vieil homme garde la tête basse. Il ne bouge pas, ne fait aucun geste. Mais je le vois, les yeux intensément fixés sur l’autel. Sans vouloir préjuger, je sens une vie, l’instant consacré à l’invisible.

Et je me mets à penser à l’essentiel : cet essentiel accessible non aux yeux de ma raison mais accessible seulement à mon cœur avide d’un Dieu qui se donne sans mesure pour exprimer un amour inexprimable.

Alors la paix s’est faite en moi, porteuse d’une volonté de témoigner davantage sans bruit, partout où je serai. Oui, soudé silencieusement à ceux et celles que j’aime et qui m’attendent sur l’autre rive, je crois avoir réenchanté un temps cette longue histoire dont je fais partie dans cette vieille église, entouré de ces frères inconnus qui sont, comme moi sans doute, chercheurs d’infini.

Oui réenchanter c’est peut-être revenir à l’essentiel que seul le cœur attentif et aimant peut capter malgré les difficultés ou les obstacles.

Max Bobichon

Juillet 2020

Le feu

Insaisissable par la chaleur qu’il dégage et par son aptitude à se dérober du lieu où il semblait séjourner, le feu, pour une grande partie de l’humanité, symbolise l’esprit.

Il en est ainsi.

Mais le feu est aussi celui qui dévore, ne laissant que la trace des cendres. Il détruit peut-être mais il assainit. Lorsqu’on le pressent et qu’il est déjà là, avec sa force irrésistible et l’on reste impuissant à la maitriser.

Souhaitable pour la lumière qu’il crée et le nettoyage radical qu’il opère, il est pour moi ce que la tradition chrétienne propose : la figure de l’esprit de Dieu, remède à nos cœurs froids, enténébrés et encombrés.

Mais c’est vrai qu’à la fois souhaité, il est aussi redouté.

Que va-t-il me rester après son passage ? Que faire des cendres ?

Il restera, me semble-t-il, un cœur libre d’accueillir les semences de vie sur la cendre des choses superflues.

Max Bobichon

Juin 2020

GPS et conscience

 

L’invention du GPS me parait de donner à imaginer la façon dont Dieu agit dans nos vies.

En premier lieu le GPS réclame une direction, une destination. Nous le réglons en fonction de nos désirs les plus généreux, les plus loyaux envers notre cœur, envers notre conscience, envers Dieu : ce sera notre route, la bonne route que nous indiquons au GPS. Nous sommes sûrs.

Et puis nous partons. Longue est la route, parfois banale, très quotidienne cette route que nous indique la voix fidèle de notre GPS, de notre conscience.

Alors nous quittons cette route pour une autre plus tentante, plus fleurie. Le GPS, notre conscience, Dieu ne nous sanctionne pas. Sans hausser le temps, il nous dit simplement que ce n’est pas la route choisie initialement. Même si nous persévérons, il n’y a pas d’éclat de voix, il n’y a pas de blocage.

Et même, lorsqu’enfin nous acceptons de faire une pause, lorsque je désire vraiment retrouver le chemin qui me grandit, celui que j’ai choisi, le GPS, ma conscience me sortent de l’impasse où mon caprice, ma passion m’avait fourvoyé.

Et la route s’ouvre libre et joyeuse.

Alors je reprends ma route en toute liberté.

Max ou Bob

Juin 2020

Avance sur ta route

« Avance sur ta route car elle n’existe que par ta marche » disait St Augustin.

J’ai découvert cette phrase il n’y a pas très longtemps mais je la trouve très précieuse pour chacun d’entre nous quel que soit notre âge.

Et tous, vous vous souvenez aussi qu’on avait décidé de se rencontrer pour mes 3 x 30 ans, non pour le culte d’une personne mais simplement par plaisir de nous retrouver parce qu’un jour nos routes se sont rencontrées. J’avais prévu aussi que ce serait l’occasion d’effacer en nos cœurs les blessures que nous avons subies ou données au long de notre chemin commun.

Nous ne réaliserons pas cette rencontre. Peut-être un jour ?

Mais je veux vous dire, à l’âge où je suis, la pertinence des mots de St Augustin.

Notre route n’existe que par notre marche, vraiment… Que sera demain ? Derrière ce tournant, qu’y a-t-il ? Après le virus, que sera le monde ? Seule, notre marche en avant nous fera connaitre l’horizon et les gestes qu’il faudra pour l’éclairer. Si nous restons sur le bord de la route, si nous arrêtons notre marche, que découvrirons-nous ? Et les compagnons de route, ceux et celles qui comptent sur nous pour avancer, pouvons-nous les décevoir, les abandonner ?

Au bout de la route, notre cœur trouvera la même maison pour tous. N’oublions pas d’avancer, n’oublions pas de marcher.

Max ou Bob

Mai 2020

Chers Amis,
En cette année 2019, je ne vais pas vous envoyer un conte de Noël que j’aurais pu imaginer, non. En effet, l’actualité nous propose malheureusement un monde déchiré, un monde où l’on refuse de se connaître, de se rencontrer et donc un monde où l’on se combat dans des guerres fratricides. Alors, pour nous inviter à changer notre regard les uns sur les autres, à refuser les « a priori » et à nous regarder autrement, je vais prendre un récit authentique qui nous rapporte une rencontre merveilleuse du « Poverello », de François d’Assise, avec un musulman sultan en Egypte. Et cette rencontre a eu lieu il y a exactement sept cents ans.

Ce n’est pas un conte, c’est plus beau qu’un conte, écoutez ce récit…

Max Bobichon

LA VISITE AU SULTAN MELEK-EL-KAMEL

Le Frère François était tourmenté par l’amour du Christ et sa parole : « Portez à tous les hommes la Bonne Nouvelle ». Par trois fois, François essaya de parvenir en Syrie. Finalement, nous sommes en 1219, la guerre fait rage entre les Chrétiens et les Sarrasins au Royaume de Syrie. Les armées chrétiennes assiègent la ville de Damiette et le Sultan Melek-el-Kamel a promis « un besant d’or à quiconque apporterait la tête d’un chrétien ». Tout cela mes amis, c’est notre frère Bonaventure qui nous le raconte. Et il dit que Frère François ne connaît pas la peur. Dans son désir de porter le nom de Jésus à des frères humains qui ne le connaissent pas, il décide, après s’être fortifié par la prière, de demander à notre frère Illuminé de l’accompagner pour rencontrer le Sultan que l’on dit à la fois cruel et parfois accueillant, par delà les lignes de bataille.
Puis, tous deux chantant le psaume 22 qui assure « Quand je marcherai au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal parce que tu es avec moi », s’avancent dans la plaine entre les deux armées. Et voici que deux petites brebis viennent à leur rencontre.

Elles bêlent joyeusement en s’approchant de nos deux compagnons et se frottent à leurs jambes comme des petits chiens. Alors, François voit dans cette rencontre un symbole : l’accomplissement de la Parole du Maître qui annonce : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Mais ne les craignez pas, je suis avec vous ». Il vient à peine de finir sa phrase que des gardes sarrasins se jettent sur lui et son compagnon, comme des loups sur un troupeau sans berger. Après les avoir battus et maltraités, ils écoutent pourtant François, conscient d’avoir échappé à la mort, leur demander humblement de l’emmener, lui et le Frère, pauvres et dépouillés de tout, auprès du Sultan.
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Alors, pensant que leur chef se moquera d’eux, ils ouvrent les portes du Palais. Le Sultan vêtu de tous ses atours est intrigué par ces deux va-nu-pieds. Il demande vivement à François : « Par qui, pour quoi, à quel titre, par quel chemin tu es arrivé jusque devant moi ? » « Sire, répondit François, je viens, non de la part d’un homme mais de la part du Dieu Très-Haut pour te faire connaître la Bonne Nouvelle annoncée par son Fils Jésus ». Le Sultan, en voyant la ferveur de François le laisse parler volontiers, le prie de continuer et même, prend plaisir à l’écouter. Alors François lui parle du Dieu unique, de la bonté de Jésus et l’invite sans ambages, lui et son peuple, à accepter son message. Mais le Sultan, profondément recueilli, songe à ce que le Prophète dit de Jésus. Finalement, il voulait offrir des cadeaux très riches à François mais celui-ci refusa tout net en arguant de Sœur Pauvreté à laquelle il a voué sa vie. Alors, le Sultan, touché est pénétré d’une grande admiration pour le Poverello, cela se voit dans ses yeux.

François repart en confiant au Seigneur le cœur de celui qui l’avait reçu tel qu’il était, l’avait épargné et même accueilli. Le voyage de retour fut serein. Et l’on dit qu’une colombe bien blanche voletait autour de François et de son compagnon lorsqu’ils revinrent en bateau pour croiser vers Assise. Ce sont les marins qui ont raconté cela et on sait qu’ils connaissent bien les oiseaux.

Voilà mes amis ce que je voulais vous raconter. Ne le trouvez-vous pas merveilleux ?

Et si l’Esprit l’emportait…

« Si vraiment les religions doivent survivre, il leur faudra en premier lieu renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée, elles devront en outre faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale ; il faudra surtout – et c’est le plus difficile – chercher au fons même de leurs enseignements ce surplus non-dit grâce auquel chacune d’elle peut espérer rejoindre les autres, car ce n’est pas à l’occasion de superficielles manifestations, qui restent des compétitions, que les vrais rapprochements se font : c’est en profondeur seulement que les distances se raccourcissent. »

Paul Ricœur
Emission « Marche du Siècle »
Reproduit dans « Trajets » 1996-1997 n° 3 (4 ème page de couverture)

Chers amis,
Les uns et les autres, nous sommes consternés par la dégradation du climat religieux et particulièrement par les amalgames, les généralisations et les suspicions envers nos frères de l’islam. Ne soyons pas dupes de certains « faussaires des religions » 1 qui mettent la religion, messagère de paix, au service d’une idéologie politique contraire à l’esprit des Prophètes et au message du Coran, de la Bible et de l’Evangile. Restons libres et défenseurs de la vérité de l’esprit qui anime le cœur de nos frères de recherche de Dieu. – Soyons semeurs de Paix – Nos religions se doivent de se retrouver en ce qui, profondément, nous unit, à travers un logiciel que chacune d’entre elles proposent à ses fidèles. Ce « logiciel », en effet, me paraît pratiquement le même, (foi en Dieu, prière, jeûne, accueil du pauvre, culte du frère, piété envers certains lieux reconnus).

Mais le texte de Ricœur nous parle de ce « non-dit », ce surplus « non-dit » qui seul, anime, valorise le « logiciel » qui scande nos vies de croyants. Et ce « surplus », ce « non-dit » pour moi, c’est la sève qui vivifie notre foi, c’est la mystique qui donne sens au logiciel. Tous ceux qui, depuis l’origine de l’humanité nous ont fait découvrir que « l’essentiel est invisible pour les yeux », cet essentiel qu’est l’Esprit, le Rouah, le Souffle qui donne la vie. Les poètes, les mystiques le savent depuis les Prophètes, les Poètes, les martyrs de nos religions qui ont défendu l’Esprit qui donne la vie pour refuser la lettre qui tue. De Isaïe et Jésus, de Jean de la Croix à El Alladj mais aussi au bouddhiste Makigachi, tous ils sont pour attester l’Essentiel. Partageons cet essentiel qui anime nos vies. Alors, oui comme le dit Ricœur, nous vérifierons que « c’est en profondeur que les distances se raccourcissent ». Et nous nous retrouverons tous pour le service de l’Humanité.

« Les religions ne font pas partie du problème mais de la solution » disait le Cardinal Tauran. Cela contredira ceux qui pensent que ce sont les religions qui sont facteurs de guerres. Elles contrediront mais surtout seront dignes de survivre pour servir l’Humanité.

Max Bobichon, prêtre
Président de l’association « Fils d’Abraham »,
31 octobre 2019

En ces temps difficiles
Quelques signes d’espérance

J’aime beaucoup le terme qu’emploie Christian de Chergé pour caractériser ceux et celles qui sans cesse oeuvrent pour les rencontres interreligieuses. Il caractérise ces hommes et ces femmes inlassables, de « pèlerin de l’horizon ». Ce terme répond bien au titre de son livre tonique intitulé « l’invincible espérance ». En cette période où semble-t-il rien ne se passe, je me permets de vous faire part de réalités qui peuvent marquer nos vies orientées comme le suggère Christian de Chergé.

Oui, soyons « porteur d’espérance invincible » et devenons des « pèlerins de l’horizon » chaque jour un peu plus. Je vous recommande d’avoir à votre disposition une publication de « la
Documentation Catholique » de juillet 2019 (chez Bayard) intitulée « chemins de dialogue avec l’Islam ». Dedans, vous trouverez bien-sûr au milieu de beaucoup de textes fondateurs pour
notre quête de paix entre croyants, un texte particulièrement fort. Il s’agit d’un document signé par le pape François et l’imam d’Al-Azhar, Ahmad Al Tayeb, une déclaration commune sur « la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » « Le document est un appel pressant à répondre au mal par le bien, à renforcer le dialogue interreligieux et à promouvoir le respect réciproque ».Ce document aborde par leur nom les thèmes les plus urgents de notre temps auxquels les croyants en Dieu sont interrogés en conscience ».

Document signé à Abu Dhabi,
Le 4 février 2019

 

Dans ce même recueil de documents, nous trouvons un texte du pape à la date du 8 mars 2019 lors de la réception d’une délégation de l’American Jewish Committee :
« Pour un chrétien, toute forme d’antisémitisme représente une négation de ses propres origines ». « Aujourd’hui je voudrais répéter qu’il est nécessaire d’être vigilants à l’égard de ce
phénomène. « L’histoire nous a montré où peuvent mener les formes les imperceptibles d’antisémitisme : à la tragédie humaine de la shoah qui a coûté la vie aux deux tiers des juifs d’Europe » (cf. « commission pour les relations religieuses avec le judaïsme »). Par ailleurs, à la page 37, la Documentation Catholique publie un texte du pape qui, avec le roi du Maroc, demande « que Jésus leur conserve son caractère multireligieux » (30 mars 2019).

En dehors de ce recueil, je me permets de vous signaler deux de mes lectures extrêmement positives de ces temps de vacances : « L’islam pensé par une femme » de Nayla Tabbara avec Marie Malzar, oct.2018, chez Bayard. J’ai entendu cette jeune femme sur A2 dans « les chemins de la foi » un de ces derniers dimanches à 8h30. Sa compétence, sa détermination, l’expression de sa foi
m’ont émerveillé. Tout de suite, j’ai acheté son livre et je m’enchante en lisant les mots de cette croyante, savante éclairée. Le « coran », les hadiths, sont aussi capables d’éclairer la conscience de celles qui sentent bien que certaines interprétations (masculines, sociétales), ne conviennent pas au message transmis par Mahomet – Brusquement le refus du littéralisme et la « mise en perspective » de tel ou tel verset ou tel ou tel terme ouvrent sur le « texte sacré » une dimension pleine de promesses d’avenir.
Il y aurait encore beaucoup de textes à citer à partir du « document » que je vous ai proposé de connaître mais je veux terminer mon propos par un livre dont l’auteur m’est très cher : nous avons vécu ensemble un pèlerinage en Israël, Palestine, avec une réflexion commune tout au long du voyage, intitulé « la pais, nom de Dieu ».
De là est née une grande amitié avec Ghaleb ainsi qu’avec le rabbin Philippe Haddad. Ghaleb Bencheikh a été élu dernièrement « président de la Fondation de l’Islam en France », mise sur les rails par Jean-Pierre Chevènement. Elle est reconnue « d’utilité publique ». Elle se veut « un pont entre l’Islam et la République » (Cf. « La Croix », Anne-Bénédicte Hoffner).
C’est cet ami qui a accepté de venir à Lyon à l’invitation des « Fils d’Abraham » au mois de février pour témoigner de sa foi en un dialogue fraternel entre toutes les religions. En 2018, il a chez Lattès, publié un livre que je vous recommande : « petit manuel pour un islam à la mesure des hommes ». Son propos est nouveau, « ce n’est pas en négociant mot à mot les versets du Coran que l’on vient à bout de l’islamisme… mais c’est en organisant de manière positive le principe de laïcité, en tant que musulman inscrit dans l’espace commun de la République »… « C’est simplement
un détour, celui de l’intelligence qui prend du temps mais qui apaise et légitime ». Voilà donc ces propositions que je vous livre avec beaucoup d’amitié. A ces lectures nous y gagnerons tous, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, j’en suis sûr !

Fraternellement,
Max Bobichon, août 2019