Colloque des bouddhistes

Colloque des bouddhistes

Comment concilier nos appartenances religieuses et la construction d’un avenir commun ?

Bonsoir à tous, je vous souhaite une bonne soirée,

Je suis donc catholique et à la retraite, j’ai pu exaucer, il y a une dizaine d’années, un de mes désirs de jeunesse, apprendre l’hébreu biblique. Je suis donc entrée à l’Université Catholique de Lyon où j’ai pu faire cet apprentissage et depuis 6 ou 7 ans j’anime un atelier de lecture biblique au Centre Chrétien pour l’Etude du judaïsme.

Pour mieux comprendre cette langue et les écritures qui la portent, j’ai demandé à la synagogue libérale de Lyon de m’accueillir en tant que catholique. J’ai ainsi pu participer aux offices de shabbat et fêtes pendant 7 ou 8 ans. J’y vais encore de temps en temps et j’y ai noué de grandes amitiés. J’y ai été secrétaire du culturel pendant 3 ans.

J’ai été alors sollicitée par les Fils d’Abraham, association inter religieuse initiée par Max Bobichon, j’en suis maintenant la secrétaire.

J’ai aussi fait la connaissance du groupe Abraham de la Duchère, également inter religieux. Dans ces deux groupes je peux découvrir le monde de l’islam. Et, en même temps cela me permet d’approfondir ma religion.

Alors évidemment je vais partir de l’Ecriture pour ouvrir la rencontre de ce soir.

Mais avant, juste une réflexion entendue ces derniers jours à la radio.

Une archéologue interrogée pour savoir quand l’humanité était apparue, répondit, : « c’est lorsqu’un fémur a été réparé ». Cela signifie que l’humain a agi contre la loi naturelle et a laissé à son proche le temps de guérir pour qu’il ne meure ni de faim, ni de soif, ni d’autre chose.

Revenons aux évangiles :

Un spécialiste de la loi demande à Jésus ce qu’il faut faire pour « gagner son paradis » en quelque sorte. Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même » (Lv 18,5).

Alors, évidemment se pose la question de savoir qui est mon prochain. La parabole du bon Samaritain donne un élément de réponse (Lc 10,25). Un homme descend de Jérusalem à Jéricho et sur son chemin, il tombe sur un homme que des bandits ont roué de coups et laissé pour mort.

Un Samaritain, à l’époque les Samaritains sont déconsidérés, gens de peu, gens d’ailleurs, étrangers n’ayant pas les mêmes croyances, pas les mêmes pratiques, ce Samaritain donne les premiers soins et conduit le blessé à la première auberge. En ordonnant à l’aubergiste de le soigner il lui donne déjà deux pièces d’argent et l’assure qu’il repassera payer toutes les dépenses supplémentaires qui auront été faites pour cet homme.

Cette parabole apprend que ton prochain n’est pas obligatoirement celui qui t’est proche, cela peut être celui que tu ne connais pas, celui qui t’est étranger, et même ton ennemi (Lc 6,27). Le prochain peut être l’homme de la rencontre fortuite car tout être humain est potentiellement le prochain. Et chacun peut être un jour le blessé ou le bon Samaritain, personne n’est épargné ! Le prochain est un autre moi, en dignité, en potentiel. Il est celui qui a besoin de moi.

Le Samaritain n’attend pas de retour car l’exigence éthique n’est pas symétrique.

De plus, par son geste il implique les autres, en l’occurrence, l’aubergiste qu’il met face à sa responsabilité.

Aimer son Dieu est ainsi vivre de façon existentielle sa relation avec la Transcendance. L’être humain est unique et chacun a une étincelle de Dieu. Le mal serait de diminuer la dignité de l’autre, aimer le pauvre même quand il est défiguré par sa pauvreté. Dignité dans les soins, dans le logement, dans la justice. On ne peut pas s’en désintéresser.

Je voudrais aussi revenir sur la parabole des talents (Mt 25,14-30) : un homme riche part en voyage et il confie des talents à 3 de ses ouvriers. A son retour, il en demande des comptes. Deux des ouvriers ont doublé la somme confiée, ils sont félicités et invités à se réjouir. Quant au troisième, la peur lui a fait enterrer ses talents et il redonne une somme identique à celle confiée. Le maître le fustige et l’envoie dans les ténèbres du dehors.

Ceci m’apprend que si je suis née avec des talents, il est de mon devoir de les développer et de ne pas m’asseoir sur eux. Le plus difficile est peut-être de connaître ses dons…

A la fin de chaque journée, je devrais pouvoir me demander ce que j’ai fait aujourd’hui, comment ma journée a été féconde.

Alors, que signifie pour moi l’inter religieux ?

Il me permet de faire connaissance avec ceux qui sont animés par le même désir mais ont une approche différente en fonction de leurs convictions et de leurs cultures, et pouvoir ainsi les appeler « frères ». De fait, je rencontre ainsi mon prochain qui m’est étranger avec son étrangeté. Cela demande une grande écoute pour abattre les préjugés et dépasser la peur que l’autre provoque en étant différent. Alors naît la joie de découvrir la richesse de nos différences. La déconstruction des amalgames permet de donner un visage à l’autre.

Ce sont des rencontres de personnes.

Et chaque matin je devrais pouvoir répondre au Seigneur qui m’appelle et comme Abraham pouvoir dire : « me voici ! » « Hinne ni » en hébreu.

Ainsi je deviens « pèlerin de l’horizon » selon la définition de Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine qui ont donné leur vie par amour pour leur prochain, ceux qui avaient besoin de leur présence et qui, comme eux, croyaient en la lumière derrière l’horizon.

Chaque jour je suis convoquée pour faire fructifier mes talents, les faire grandir en qualité et en quantité.

C’est ma responsabilité en tant qu’enfant de Dieu de relancer l’Histoire par l’amour infini que je reçois chaque jour du Créateur.

Christel Jenoudet
le 18 novembre 2020

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