Les désespoirs du peintre

Les désespoirs du peintre

Peut-être cette fleur merveilleuse pousse-t-elle dans votre jardin ? peut-être connaissez-vous son véritable nom ou peut-être ne la connaissez-vous que par ce nom qui, finalement, a un contenu de mystère, de défi ?

Oui sa corolle, sa couleur, tous les détails de cette fleur sont tellement originaux, la fleur a des nuances tellement riches que j’accepte son nom de « désespoir du peintre ». Jamais peintre n’arrivera à en reproduire sa richesse.

Et son nom me donne à méditer sur le constat que font souvent les peintres, les poètes, les écrivains, les musiciens devant l’œuvre qu’ils viennent d’achever. Déjà celles et ceux qui ouvrent les yeux ou les oreilles sur cette œuvre entament des louanges de la beauté de l’œuvre réalisée. Mais lui, le sculpteur, le peintre, le poète, le photographe n’accorde pas beaucoup de satisfaction à sa création.

Oui, il y a une insatisfaction dont ils font état ou qu’ils gardent pour eux. Mais jamais un véritable artiste ne trouvera parfaite sa création que, pourtant, les connaisseurs admirent. Rimbaud, par bonheur n’a pas supprimé toute son œuvre poétique. Van Gogh n’a vendu aucun de ses tableaux de son vivant. Et dernièrement, j’ai connu un peintre lyonnais illustre qui, à la fin de sa vie, a déchiré nombre de ses toiles qu’il ne voulait pas laisser à la postérité, ne les trouvant pas dignes de son pinceau. Mozart a toujours exprimé son désintéressement pour son œuvre musicale. Quel amoureux est satisfait de l’expression que prennent ses sentiments pour sa ou son partenaire ?

Les théologiens sont aussi toujours insatisfaits par l’expression qu’ils ont donnée à Celui qu’ils adorent. Thomas d’Aquin disait que son œuvre méritait le feu comme la paille. Et Lamartine ou Aragon refusait de considérer leurs poèmes comme rendant compte exactement de l’intensité de leurs sentiments profonds.

Finalement je crois, Dieu merci, que nous faisons tous cette expérience de l’insuffisance de nos traductions picturales, littéraires, musicales ou amoureuses. Oui, heureusement, nous ressentons ce que St Augustin disait « Notre cœur sera toujours insatisfait (inquiet – sans repos) jusqu’à ce qu’il repose en Toi ».

Pour moi, c’est évident, et pour vous ?

Il y a toujours plus en nous que ce que nous avons réalisé.

Max Bobichon, prêtre
Mars 2021

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